Histoire du jeu

Histoire des échecs

Introduction

Il existe de nombreux sites et de nombreux livres traitant de l’histoire du jeu d’échecs. Notre but n’était pas de copier ou plagier ce qui se fait déjà, mais de vous faire découvrir cette passionnante histoire par un regard neuf et passionnant, celui d’Aouni Abdelaziz.

Aouni Abdelaziz est né le 14.01.1976 à Oran en Algérie, il est docteur en médecine, chercheur en développement personnel, et en mémoire. Il est passionné par le jeu d’échecs et son histoire. 
Il préside actuellement un club d’échecs à Alger où il milite pour la promotion du jeu dans les établissements scolaires, ainsi que sa promotion en tant que moyen pédagogique incontournable pour aider les enfants à réussir leur scolarité, et auprès des adultes à préserver une activité cognitive et une mémoire optimale.

Mr Aouni Abdelaziz à droite

Également  entraîneur national des échecs certifié par la FIDE ; il est l’initiateur du projet festival international des échecs à Djerba ; et membre de sa direction. Il est aussi animateur et conférencier en mémoire ; concentration et histoire antique du jeu.

Auteurs de deux livres ; le sens caché des échecs publier en 2015 édition Edilivre et le jeu d’échecs histoire et spiritualité publier en 2018 par la même édition. Ainsi que deux projet livre en cours : le jeu d’échecs et la mécanique cérébrale ; et : jeu d’échecs et communication, Aouni Abdelaziz nous fait l’honneur de présenter sur notre humble site l’histoire des échecs.

Chaque semaine, par un jeu de questions et de réponses, il nous fera voyager à travers l’histoire, le jeu et la spiritualité des échecs.


Episode 1

Faisons ensemble, si vous le souhaitez, un voyage dans le temps et dans l’espace pour apprendre et comprendre la naissance du « jeu d’échec” et de ses innombrables modifications.
Pendant cette traversée, nous allons faire connaissance de personnages illustres, certains d’entre eux connus d’autre pas qui ont marqué l’histoire de ce jeu.
Nous apprenons et comprendrons aussi certains pans de l’Histoire grâce à ce jeu.
A qui on attribue l’invention des échecs ? Dans quel but ? Est-il un jeu éternel ? Y-a-t-il du Divin dans ce jeu ? Les pratiquants de ce jeu sont-ils dotés de spiritualité ? Quelle civilisation a pratiqué en premier ce jeu? Comment il s’est répandu dans le monde ? Son influence civilisationnelle?

Aouni Abdelaziz
© Aouni Abdelaziz

Autant de questions qui se posent à nous et auxquelles je vais essayer de répondre.

D’un point de vue éthimologique, on essayera de comprendre certains mots comme: échec, mat, pat, le fou, le pion…, ainsi que les symbôles de certaines pièces comme la Tour par exemple. Nous saurons aussi pourquoi certaines pièces non changer ni de forme ni de mouvement dans le jeu. Les règles du jeu aujourd’hui datent de quand ?

Enfin peut-on penser que ce jeu va disparaître un jour, évoluer peut-être ou s’inscrire dans le temps éternel?

Les échecs dans l’antiquité 4000 av jc 

Le premier échiquier a été découvert en l’an 4000 av. J.-C., à Ur en Mésopotamie, l’Irak de nos jours. La ville où le prophète Abraham le père du monothéiste ; est né 2000 ans plus tard !

© Wikipedia

Le jeu d’échecs est plus vieux que les trois religions monothéistes 

Dans cette région mésopotamienne, le berceau de l’humanité, des civilisations fleurissantes aux rives des deux majestueux grands fleuves, l’Euphrate et le Tigre, les Sumériens, les Babyloniens les Akkadiens et les Araméens et d’autres civilisations ont peuplé la région, c’était les premières civilisations.

La légende des deux frères

Cette légende, qui raconte l’histoire de deux princes, est rapportée par le poète musulman Abou el Kacem al Firdûsî.

Elle répond à la problématique d’invention du jeu, bien qu’il soit impossible de situer cette histoire dans le temps et même de vérifier son authenticité, mais je vais la raconter car elle ne contient pas mal d’indices sur le sens du jeu,

Ce qui est sûr, c’est qu’elle s’est déroulée en Mésopotamie dans une époque très lointaine, peu avant 4000 ans, av. J.-C.et non en inde

Statue de Abou el Kacem al Firdûsî à Tehran © wikipedia

C’est l’histoire de deux jeunes princes qui se disputaient le royaume de leur père après sa mort, la reine, leur mère, n’arrivait pas à choisir qui serait le successeur du roi, et l’armée et le conseil des sages étaient divisés en deux.

Chaque camp soutenait un prince pour ses qualités, la bataille a éclaté entre les deux armées. Ils avaient presque le même nombre de soldats dans l’infanterie, la cavalerie, l’éléphentrie et les chariots, mais l’aîné a pris le dessus sur son petit frère, et il a ordonné à ses soldats de capturer son petit frère sans lui faire de mal, car il ne voulait pas briser le cœur de sa mère, il a même ordonné qu’on le prévienne en cas d’attaque, d’où la fameuse alerte, Échec13, à chaque fois que l’on menace le roi adverse. Ce combat fratricide se termine par le suicide du petit prince. La reine s’effondra après en avoir reçu la nouvelle.

Le nouveau roi, pour lui expliquer comment la bataille s’était déroulée, et pour prouver son innocence, a réuni le conseil des sages.

À la demande du roi vainqueur « un conseil de sages décide alors de reconstituer la bataille au cours de laquelle l’un des prétendants a trouvé la mort. Sur un carrelage en teck et en ivoire, représentant le théâtre des opérations, les sages placent, sous forme de figurines, et face à face, deux lignes de fantassins et, au second rang, symétriquement, de part et d’autre de chaque roi et de son général en chef, deux éléphants, deux chariots et deux chevaux avec leurs cavaliers. À chacune des forces en présence, les sages attribuent le rôle qui lui a été dévolu lors de l’engagement et qu’ils symbolisent par les déplacements sur les cases. Ces déplacements préfigurent ceux des pièces du jeu d’échecs : le Général en chef ne s’éloigne pas de son Roi de plus d’une case ; l’éléphant avance de 3 cases en franchissant les obstacles pour observer l’ensemble du champ de bataille, tandis que le Chariot traverse rapidement ; le Cheval au Cavalier se déplace de 3 cases en diagonale en jouant l’effet de surprise et en regimbant. En premier ligne, chaque Fantassin avance à pas lents, droit devant lui, en frappant à droite et à gauche.

Des nuits passèrent et la reine ne quitta pas les figurines qui représentaient la bataille. Lors d’une nuit sombre, la reine rend l’âme devant la statue qui représente son enfant défunt. Le roi vainqueur, rongé par le chagrin, voulut rendre hommage à son frère et à sa mère, en installant les pièces sur une place au centre de la ville, et au fil du temps l’histoire fut oubliée, mais les gens ont gardé en mémoire la reconstitution de la bataille comme cérémonie annuelle, qui s’est transformée peu à peu en jeu, où on disputait une bataille sans tuer son propre frère.

Les premières règles du jeu : 

  1. Aux échecs, on peut prendre toutes les pièces mais pas le roi et cette Histoire explique l’origine de cette règle. Car dans l’histoire le grand frère ne voulait pas tuer son petit frère 
  2. Une autre règle qu’on peut tirer de cette histoire, c’est de prévenir l’adversaire par le mot échec à chaque fois qu’on attaque le roi.

Episode 2

Le jeu d’échecs a subi plusieurs transformations au cours du temps. Il a
également été l’objet de transactions commerciales en tant que jeu et en tant
qu’objet d’art. Il a certainement été transporté, de la ville de Ur, par les
caravanes empruntant les trois voies antiques du commerce, à savoir :

  • la route de la soie vers l’est.
  • la route des épices vers le sud-est et l’Inde,
  • et la route du sel vers le sud-ouest, ce qui explique l’apparition du jeu, à la
    même période dans le monde.

La route de la soie, 3000 ans av. J.C., constituait avec les autres routes les
principales artères de l’économie dans cette partie du globe.
Généralement les commerçants transportant le jeu n’étaient pas forcément des
joueurs d’échecs, ce qui explique que l’architecture globale du jeu n’avait
presque pas changé et les règles ont été très peu modifiées.
Les changements, très subtils, sont dus aux influences des cultures locales.
En Egypte, 1500 av. J.-C., les Egyptiens développaient un jeu similaire au jeu
d’échec : le Senet, qu’on trouve dans le tombeau de nombreux pharaons (voir
photos 1 et 2)

Palmède le chevalier échiqueté défiant Tristan
Photo 3 : Palmède le chevalier échiqueté défiant Tristan

Pendant la guerre de Troie et pendant le siège, (1220 av. J.-C.), le héros. Palamède inventa un jeu similaire au jeu d’échecs pour distraire les soldats grecs (Photo 3).
Le mouvement du cavalier, qui saute par au-dessus des lignes ennemis, a peut-
être inspiré les grecs qui ont eu l’idée d’offrir un cheval (le Cheval de Troie),
pour s’introduire chez l’ennemi secrètement (voir photo 4).

Photo 4 : Ajax et Achile jouant

1000 av. J.-C., des versions du jeu d’échec se répandait, en Chine sous le nom
du Xiang QI, en Corée sous le nom de Jangqi et au Japon sous le nom de Shogi.


Par ailleurs, une légende raconte que le Roi Salomon, 970 à 931 av. J.-C., a
inventé le jeu pour séduire la reine de Saba.
Les fouilles archéologiques à Ur ont bien montré que cette thèse est fausse. Il est
possible que le Roi Salomon a eu connaissance de ce jeu et le pratiqua, mais il
n’en n’est pas l’inventeur.


Episode 3

La légende du Roi Belkib et le sage Sissa

L’histoire du Roi indien Belkib (600 av J.C), est rapportée par Al Mas’udï[1] (896-957) dans son livre : Les échecs. Al Mas’udï attribue la paternité du jeu d’échec au sage Sissa Ben Dahir.

Le sage SISSA (image trouvée sur internet)

« C’est l’histoire du sage Sissa, désireux et souhaitant la guérison de son souverain Belkib accablé de mélancolie profonde, inventa le jeu d’échecs. Le Roi, absorbé par ce jeu nouveau et subtil, guérit de sa longue mélancolie. Retrouvant la joie de vivre, Le Roi veut récompenser le sage en lui promettant de réaliser tous ses souhaits.

– Que désirez-vous Sissa ? Demanda le Roi.
– Du riz, répondit le sage.
– Combien ? Répliqua le Roi
-Un grain de riz sur la première case, 2 grains sur la deuxième, 4 grains sur la troisième, 8 grains sur la quatrième, et ainsi de suite en doublant le nombre de grains de riz de la case précédente à chaque fois jusqu’à la dernière case de l’échiquier (total des cases 64).

Le Roi, ne faisant pas de calcul était surpris par la modestie de la demande du sage. Mais il ne savait pas à ce moment précis qu’il ne pourra jamais satisfaire le souhait de Sissa. »

© Wikipedia
Statue de Al-Mas’ûdî à Vienne © wikipedia

Il faudrait au Roi poser sur l’échiquier 18 446 744 073 709 551 616 grains. L’équivalent de soixante-seize années de récolte en semant toute la superficie de la Terre.

Historiquement le jeu d’échecs est arrivé en Inde vers 600 av. J.-C.  

[1]   Al-Mas’ûdî ou Al-Masudi ou Maçoudi Abū al-Ḥasan ‘Alī ibn al-Ḥusayn ibn ‘Alī al-Mas’ūdī, né à Bagdad à la fin du ixe siècle, mort à Fostat en septembre 956, est un encyclopédiste et polygraphe arabe, à l’apogée de l’islam classique. Ses Murūj adh-dhahab wa-ma’ādin al-jawhar, ou Prairies d’or et mines de pierres précieuses, resteront jusqu’au milieu du xve siècle le manuel de référence des géographes et des historiens de langue arabe ou persane.


Episode 4

La Chine et l’Extrême-Orient

Vers l’an 1000 avant notre ère, le jeu d’échec arrive en Chine par la route de la soie, en provenance du Cachemire. En Chine il s’imprègne de la culture locale et devient le Xiang QI. Le bouddhisme et bien d’autres éléments de la culture indienne pénètrent en Chine de cette manière. La forme des pièces ainsi que leurs mouvements n’ont pas subi beaucoup de transformation une fois en Chine.
Aujourd’hui, les noms et les mouvements des pièces du Xiang QI sont similaires aux mouvements d’origine pratiqués au temps des Abbassides. Ils n’ont pratiquement pas subi d’influence occidentale.
Le jeu d’échec continue sa route. Il arrive au Japon où il donne naissance au Shogi. En Corée, il devient le Janggiet. En Mongolie le jeu devient Shatar, qui dérive du nom arabe, Chatranj. En Malaisie il subit aussi une dérive linguistique et devient Catur.
Le jeu poursuit son expédition vers le sud-est de l’Asie.
En Thaïlande et au Cambodge c’est le Makruk.
En Birmanie enfin il devient le : Sit-tu-yin.


Episode 5

Le jeu gagne l’Iran

Dans le Livre des Rois cité plus haut, Firdûsî s’appuie sur des textes existants
pour évoquer ainsi l’introduction du jeu en Iran (1) : au VIe siècle, un souverain
indien, Bevisara, charge son ambassadeur d’offrir en cadeau au roi de Perse
(Iran), Chosroes Ier (531-579), un jeu de chaturanga, objet précieux fait de
rubis et d’émeraudes. L’ambassadeur met au défi Chosroes 1er de trouver la clé
de ce jeu.

“Chatrang” Ensemble complet d’ Iran, céramique, 12ème siècle,
Le Metropolitan Museum of Art (photo trouvée sur internet)


Tous les sages du royaume cherchent en vain la solution jusqu’au moment où
l’un d’eux, non seulement explique le sens du jeu et en donne l’interprétation
guerrière, mais gagne la partie qu’il engage contre l’ambassadeur indien.
Prononcé à l’iranienne, le nom du jeu devient chatrang ou ciatrang. Très
rapidement, les Iraniens se révèlent d’excellents joueurs.
Une autre version raconte que le jeu d’échecs a été apporté par un espion perse,
qui a amené le jeu et le livre sacré, Kalila wa dimna, après avoir servi trente
ans au palais du Raja (dans la région du Cachemire).
Le livre des fables et de sagesse (Kalila wa Dimna) raconte des histoires
d’animaux et reflète toute une philosophie ancestrale et un savoir vivre indiens.
Ce livre a inspiré Ésope (2) et par la suite Jean de La Fontaine (3) .
Écrit par le sage Bidpâi, ce livre servit de guide moral et politique pour les
rajas et les princes. Ainsi le jeu d’échecs était utilisé comme outil pédagogique
pour transmettre aux jeunes princes les principes de gouvernance et de gestion
du royaume, c’était la formation des princes « Kalila wa dimna et le jeu
d’échecs ».

1 – D’après Larousse Du Jeu D’Echecs – Découvrir – Approfondir – Maîtriser
Et le Livre des Rois d’Firdûsî.
2 – Ésope est un écrivain grec d’origine phrygienne, à qui on a attribué la paternité de la fable.
3 – Jean de La Fontaine, né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry et mort le 13 avril 1695 à Paris, est un poète français de grande renommée, principalement pour ses Fables et ses contes.


Episode 6

La Conquête islamique de la Mésopotamie Perse

Kalila wa Dimna

Après la mort du prophète Mahomet (en l’an 632 de notre ère) les armées
musulmanes ont envahi le Proche-Orient, notamment en Mésopotamie (l’actuel
Irak). Sous le commandement du calife Omar et ses deux puissants généraux Khalid
ibn al Walid et Sa’di ibn Abi Waqqas, la conquête de la Mésopotamie se fait aux
dépens des Sassanides, et la Bataille d’al-Qadisiyya fut la porte d’entrée vers le
grand Orient et la chute définitive de l’antique empire Perse.
La bataille s’est déroulée au-delà de l’Euphrate, en terre du désert des Arabes.
L’armée perse a combattu avec la formation classique des quatre corps.
C’était la première fois que les Arabes bédouins combattaient les éléphants,
mais grâce à la rapidité et à l’habileté des cavaliers arabes, les musulmans ont
pris le dessus, et la bataille fut gagnée.
Après la conquête de la Perse, les musulmans prennent connaissance du jeu
d’échecs et du livre Kalila wa Dimna, le jeu n’était pas complètement inconnu
des Arabes avant l’islam, mais il est certain qu’il n’était pas connu du large
public. On a trouvé des poèmes d’avant l’islam qui parlaient du jeu d’échecs, chataranj
notamment dans le poème d’Imrou’l Qays (Imrou’l Qays Ibn Hujr Ibn al-Hârith Al-Kindi est un poète arabe préislamique de la tribu de Kinda, surnommé «le Roi Errant » ou encore Dhûl-Qurûh, « l’Homme aux ulcères ». Il est probablement né dans le Nejd au début du VIe siècle, et mort aux environs de 550 près d’Ancyre).

Episode 7 : la suite très vite…la semaine prochaine !

Nous vous recommandons fortement l’achat du livre du docteur Abdelaziz Aouni.

https://livre.fnac.com/a12991018/Aouni-Abdelaziz-Le-jeu-d-echecs-histoire-et-spiritualite